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Michel Houellebecq dans Plateteforme

« Il existe un système de redistribution fiscale évolué qui permet de maintenir en vie les inutiles, les incompétents et les nuisibles, -dont, dans une certaine mesure, je fais partie. »

Michel Houellebecq – Plateforme

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Le Royaume d’Emmanuel Carrere

Franchement, comment peut-on être chretien? Comment peut-on croire une histoire aussi folle?  Une histoire qui  viole une règle immuable : nous sommes tous mortels. Et pourtant, un peu plus d’un milliard d’etres humains pensent qu’un homme s’est relevé de sa tombe pour devenir un sauveur, un roi et le fils de Dieu.

Emmanuel Carrere a fait le voyage spirituel qui consiste à questionner sa foi. Depuis une croyance molle, à un voyage quasi mystique pour finir par un penchant agnostique plein d’humanité, il partage tout avec ses lecteurs.

Emmanuel Carrere nous emmène découvrir le Royaume, celui de Saul qui deviendra Paul, celui de Luc, celui de Pierre. Mais surtout c’est sa propre intimité que l’on découvre et de sa relation à la spiritualité.

Come toujours, celui qui est probablement un des auteurs les plus remarquables de notre temps nous donne aussi une œuvre qui est un grand collage : annectodes, histoire, essai philosophique, roman. Il aspire tout les genres pour en recréer un nouveau.

La vérité sur la vérité sur l’Affaire.

En anglais, on dirait que c'est un "page-turner". On est litérallement  englouti par le livre tant beaucoup d'occupations deviennent d'un coup sulbaternes tant on a envie de découvrir qui a fait le coup.  

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Il manque à mon avis une petite note au début du livre : 

NE COMMENCEZ PAS CE LIVRE : VOUS NE LE LACHEREZ PAS TANT QUE VOUS N'AUREZ PAS LU LA DERNIERE PAGE. 

Chaque personnage, un peu comme dans un cluedo, devient un meurtier possible. Et rebondissement après rebondissement, on découvre toutes les possibilités de la réponse à la question qui nous hante : qui a tué la jeune NOLA? 

Ce livre est aussi un voyage dans une amérique que l'on dit profonde, ou l'on découvre surtout toute une société de personnages vivant dans ce village des années 70 de l'est américain : un monde clos, renfermé sur lui même, cachant des histoires inavouables qui vont pas tarder à éclater une à une à la lumière du jour. 

C'est aussi un roman de roman. Un thème qui m'est cher et qui nous renvoit par  clin d'oeil dans des lectures sciencefictionnestes : le maitre du haut chateau de Philip K. Dick par exemple. 

 

J'aime assez la définition qu'en a fait Par  dans Slate  : 

Ce polar (1 point) se passe aux Etats-Unis (+1) et raconte la panne d'écriture d'un jeune et beau (+1) romancier trentenaire (+1) à succès. Son mentor est accusé du meurtre (+1) d’une ravissante jeune femme mineure avec laquelle il aurait eu une relation (+10) et lui fournit ainsi un formidable sujet de roman pour pallier sa panne.

 

Bon, ce n'est pas un grand roman sur le plan du style, tout le monde est d'accord. Dans le livre, les extraits du roman qui était sensé avoir eu un énorme succès sont particulièrement bebêtes et plats.  Mais ne gachons pas notre plaisir c'est un roman populaire qui nous fait passer un excellent moment dans la palpitation et les surprises renouvelées à chaque chapitre. C'est devenu rare. 

Cedric Villani fort en Math, peut mieux faire en Littérature.

Je me rue sur ce nouveau livre, parce que je suis passionné de mathématiques, même si comme beaucoup de chose qui me passionne je ne suis qu'un amateur dans le domaine. 

J'ouvre le livre et je me dis voici voilà un bon moment à passer avec la mathématique. Voici quelques heures à se délecter de la poésie de la mathématique. De quoi se sentir quelques heures au contact d'une intelligence supérieure, qui nous donne la chance de partager un peu de sa compréhension du monde même si l'on passe par une sorte d'abstraction. 
Je pensais que le brillant Cedric Villani allait m'amener faire ce voyage dans les souterrains du monde, et qu'en horloger il aller nous montrer les délicats rouages du cosmos…  
Ahhh Je me suis trompé, je suis tombé sur un fort en math, pas un fort en littérature. 
Il veut absolument faire le mathématicien "normal". Il aime aussi des musiques ringardes. 

La presse nous dit : "Pas la peine de connaître le latin pour vibrer en écoutant la messe en ut de Mozart. Et vibrant, le Théorème de Villani l'est assurément" Bon là le journaliste reconnaît comme moi qu'il n'a rien à compris et que les pages d'équations et d'emails l'ont bercé comme une musique. 

Florent Georgesco du Monde y va aussi de son commentaire " Théorème vivant est un passionnant document sur ce qui dans la science n'est pas scientifique. En rapportant la création du fameux théorème à ses conditions concrètes, Cédric Villani tourne autour de la réalité de son travail et, quoiqu'il en dise tout ce qu'il est possible d'en dire, bute sur la nature exacte de son inspiration. " Il y a une voix dans ma tête ", écrit-il. Tout à coup, l'idée est là. Une fois de plus, on ne l'aura pas vue venir. La littérature ne relaye pas la science pour la comprendre mieux : elle n'est que le meilleur moyen d'admettre qu'il est impossible de comprendre. Son objet, en dernier ressort, c'est le scientifique même, renvoyé à l'énigme qu'il est à ses propres yeux."  

Mais non c'est tout le livre qui est une énigme, pas seulement le théorème.

Alors qu'a voulu faire Cédric Villani? Arrondir ses fins de mois avec un bon roman, que la presse vendrait sans vergogne, n'osant pas tirer sur une figure aussi brillante de notre élite scientifique. 

Et comment Grasset a pu se prendre à son jeu? A mon avis, c'est un stagiaire qui a relu le livre avant qu'il parte en presse. 

Je lisais un commentaire d'un lecteur qui se demandait pour qui avait été écrit ce livre : pour des étudiants de première? certains passages le laissaient penser, pour les quelques spécialistes de l'amortissement landau (ils sont peut-être 10 dans le monde, ça fait pas un marché). Mais on aurait pu penser aussi à un serveur de messagerie tant le livre contient de mails : "je te renvoie le doc, j'ai corrigé la page 4, bonne nuit" 

Alors pour tout dire pour se régaler avec un livre écrit par un fort en math et fort en littérature je vous conseille la symphonie des nombres premiers.  

 

Et puis je dois aussi vous présenter un auteur grec qui a commis ce livre incroyable sur la conjecture de Goldbach (Tout nombre entier pair supérieur à 3 peut s'écrire comme la somme deux nombres premiers ), qui nous fait découvrir la communauté des chercheurs qui ont travaillé à résoudre cette petite énigme. Un peu plus tard Denis Guedj écrira Le Théorème du Perroquet qui imagine un mathématicien qui découvre la démonstration de la conjecture et qui l'enseigne à un péroquet… 

Cédric Villani a raté l'opportunité de nous laisser voyager un instant à ses côtés, de nous "inspirer", c'est à dire nous donner pour un instant l'impression que l'on comprenait quelque chose aux maths. 
Cédric Villani a raté son livre qui aurait pu nous faire partager à défaut de la compréhension du théorème, une idée de la beauté de la Mathématique.

Ray Bradbury voulait qu’on l’enterre sur Mars

Ray Bradbury dans une interview de 2009 à 365 Days of Astronomy nous disait :  «Je veux que tous ceux qui m’écoutent pensent à Mars, seulement Mars, encore et encore et encore. (…) Je veux être enterré sur Mars. Je ne veux pas être la première personne à y aller: ce sera trop tard. Mais je veux être le premier mort à y aller. (…) Enterrez-moi sur Mars dans un endroit nommé l’Abysse Bradbury. Ils faut qu’ils donnent mon nom à en endroit et celui-ci me plaît.»

Ray Bradbury

«Tout ce qu’on rêve est fiction et tout ce qu’on accomplit est science, toute l’histoire de l’humanité n’est rien d’autre que de la science-fiction.»

Un thriller français qui décrit un 2018 totalement numérique et transhumain…

En pleine lecture de Google démocratie, un livre de science fiction français qui décrit le monde en 2018. On se fait un peu peur….

Pour donner ses réponses par oral, l’outil d’analyse de l’IA utilise la voix d’Angelina Jolie, "douce et glamour".

A la question "Qu’est-ce qui vous différencie de HAL 2000, le superordinateur imaginé par Kubrick dans 2001 : l’odyssée de l’espace ?", l’outil Google répond "Je ne me laisserai pas débrancher".

Un thriller français qui décrit un 2018 totalement numérique et transhumain..."Le logiciel était une usine à gaz période 2011, un vieux système Windows merdique comme on en faisait encore à l’époque. Il se perdit dix minutes dans une arborescence insensée. Puis l’ordinateur planta et mit une éternité à redémarrer."

Bill Gates vit dans "une case en Afrique", Murdoch déclara à propos de Sergey qui distribuait des millions de dollars à la recherche contre Parkinson "qu’un cochon pouvait bien se déguiser et mettre du rouge à lèvres, il n’en demeurait pas moins un cochon."

"En 2011, Internet était encore synonyme d’anonymat. Les gens faisaient n’importe quoi. […] Six ans plus tard, la situation avait changé. Les personnalités importantes se méfiaient. Mais ils ne pouvaient rattraper les erreurs du passé. Le mal était fait. Les dossiers étaient bouclés, prêts à être dégainés en cas de besoin. Les serveurs de Google étaient une caverne d’Alib Baba pour maîtres chanteurs."

"Anne avait fait de 23 & Me une multinationale qui avait connu à partir de 2013 une croissance stratosphérique. La démocratisation du séquençage intégral de l’ADN rapportait mucho dinero."

En 2018, on en est à l’iPhone 7G 🙂

"Le web chinois est une vaste blague, comparable au pathétique programme Quaero européen."

Page 251, vous saurez ce qu’il arrive en 2018 à Madonna, Zac Efron, Katie Holmes, Lady Gaga, Hillary Clinton et Tom Cruise…

Page 387, vous saurez dans quelles circonstances José Bové s’est fait raser la moustache et comment on l’a forcé à manger un Big Mac !

Le robot, sujet de littérature, devenu sujet de photographie

Voici la nouvelle série du photographe anglais Vincent Fournier autour de notre vie future et des robots dans notre quotidien, rendant hommage à sa façon à la science et à la technologie. Des clichés pris à Barcelone, Bruxelles ainsi qu’à Tokyo.

Tout ce ceci donne une grande  envie de relire le cycle des robots de Asimov, non?

Ici l’édition de 1950, de “I, Robot” qui est un recueil de neuf nouvelles étonnantes qui marqueront la science fiction et qui posera une  méta-structure de roman qui deviendra  un fil conducteur à une partie de l’œuvre de Asimov.  (Personnellement, je préfère le cycle de fondation )

Ce qui est passionnant à la lecture de ces nouvelles c’est la dimension de réflexion sur notre propre existence, par la simplification mécaniste de nos fonctionnements moraux, intellectuels et sociétaux. Dans une nouvelle comme “Liar” Asimov se pose la question de savoir si un robot peut mentir (en respectant les trois règles de la robotique ) et il nous renvoie à notre propre réalité : peut on , doit on dire toujours la vérité, doit on la vérité au risque de blesser?

Asimov  applique cette théorie (dépassée) de l’être humain comme une machine, en utilisant le robot comme un miroir. Cette démarche n’est pas une philosophie c’est tout juste une méthode pour pouvoir interpeler le lecteur.

Ces très belles images nous questionnent finalement sur ce qui nous rend humain qui est un des grands thèmes de la science fiction.

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justin-mezzell-do-androids-dreamDans le devenu célèbre par sa version cinématographique
“Do androids dream of electric sheeps” (traduit en français par “Robot Blues” dans sa première édition ), Philip K. Dick se pose à nouveau cette question : “Qu’est ce qu’être humain?”.  Pour K. Dick la réponse tient dans l’empathie qui est le seul sentiment qui ne vive que dans l’homme.  Cette empathie est détecté par un test ( le Voigt Kampff ) qui permet de distinguer un humain d’un robot.  Le trouble est semé par l’auteur à chaque chapitre,  l’humain se comporte comme un robot en “retirant” des robots, et les robots font preuve de miséricorde en refusant la vengeance…  On trouve dans ce roman qui porte maintenant le titre du fim : “Blade Runner”, une foule de sujets philosophiques qui s’imbriquent pour former un tout cohérent.

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POURQUOI LIRE GREG EGAN ?

Oh la la  Jean-Michel Billaut découvre Lynch et comme il dit : « Déboussolé, ébourrifé le papy Billaut… Je suis sorti du cinéma hagard… »

Alors je me suis rappelé que l’autre jour,pendant le diner ebg 500, je lui disais « Un homme comme toi devrait lire plus souvent de sience fiction ». Et je me suis rendu compte qu’il en lisait peu notre Billaut national.

OK Lynch ce n’est pas de la SF, comme du star wars, du space opera ou de l’attaque de martien vous allez me dire. Non mais on est plutot dans la social fiction. Qui place l’homme au centre du postulat de démarrage d’un bon roman de SF :  » Que se passerait-il si?  »

Alors la question de JMB c’était mais qui lire aujourd’hui?

Quel auteur serait aussi précis et « instruit » pour comprendre la science d’aujourd’hui, à l’intersection des biotechs, de l’informatique et des sciences de l’homme?

Quel auteur serait aussi imaginatif pour tracer des lignes d’horizons basées sur ces nouveaux postulats scientifiques ?

Quel auteur serait assez talentueux pour en faire des histoires?

Et je lui ai dit essaye Greg Egan.

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Ce week end j’ai fait la découverte d’Axiomatique qui est un recueil de pas mal de nouvelles de Greg EGAN. Des nouvelles? Ca tombe bien j’ai toujours trouvé ses livres trop denses ou plutôt avec un mauvaise équilibre concepts/histoire.

Pas de grande litterature, pas toujours très poétique ( sauf peut-etre « la carresse » ) mais de bonnes idées soutenues avec précision et talent.

J’ai lu 4 ou 5 de ses romans, et je suis toujours sous le charme de cet écrivain très mysterieux (jamais de photo ou d’interview). On sait qu’il est australien, travaille dans le domaine de la santé et de l’informatique…

Allez Jean-Michel il est tant que tu lise un peu de SF. Tu verras ces rêveurs là on déjà vu pas mal de chose qui arrivent à grand pas si on y fait pas gaffe.